Fil texturé DTY : volume, élasticité et capillarité
Le DTY face au FDY, ce qu'est la texturation, et le volume, l'élasticité et le transport de l'humidité qu'elle apporte au tricot.
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Le DTY (Draw Textured Yarn, fil texturé par étirage) est le type de fil polyester le plus répandu dans les tricots techniques. C’est un filament plat et brillant auquel la chaleur et la torsion ont conféré une frisure permanente. Ce procédé apporte au fil du volume, une élasticité naturelle et un toucher plus doux ; c’est la caractéristique clé qui le distingue du FDY.
Différence entre DTY et FDY
- FDY (Fully Drawn Yarn, fil entièrement étiré) : filament entièrement étiré, plat et lisse ; brillance élevée, volume faible, élasticité limitée. Convient aux surfaces brillantes de type satin et aux étoffes de doublure.
- DTY : filament texturé et frisé ; plus mat, plus volumineux, plus élastique et plus couvrant. Sa frisure permanente lui est conférée par texturation par friction à chaud.
- À denier égal, le DTY donne une étoffe plus pleine et plus couvrante, le FDY une étoffe plus fine et plus brillante.
Ce qu’est la texturation
La texturation consiste à chauffer et à tordre un filament POY (fil partiellement orienté) plat, puis à le fixer pour qu’il conserve une frisure tridimensionnelle permanente. Ces frisures créent des poches d’air et des canaux capillaires entre les filaments. Le résultat est un fil qui s’allonge sous tension et se rétracte au relâchement, isole mieux et peut transporter l’humidité vers la surface.
Ce qu’il apporte au tricot
- Volume et couvrance : une étoffe plus pleine à grammage plus faible
- Élasticité mécanique naturelle (une marge de confort même sans élasthanne)
- Transport de l’humidité amélioré : les canaux capillaires répartissent la sueur et accélèrent le séchage
- Un toucher doux, moins « plastique », et un aspect mat
- Meilleur emprisonnement de l’air, donc confort thermique
Note pour l’acheteur
Le DTY en finesse de microfibre (par exemple les constructions à nombre élevé de filaments) augmente à la fois la douceur du toucher et la surface spécifique, ce qui renforce la gestion de l’humidité. Si l’élasticité est prioritaire, le DTY seul offre une certaine marge de confort ; lorsqu’un fort retour élastique et un stretch 4 sens sont requis, il doit être planifié avec de l’élasthanne. Indiquer dans la spécification le denier, le nombre de filaments et le type de texturation clarifie le toucher attendu.
En profondeur : procédé de texturation et paramètres machine
La texturation par fausse torsion avec étirage (DTY) est une transformation thermomécanique : le fil partiellement orienté (POY) est d’abord étiré, puis des disques de friction frottent contre l’axe du fil pour y insérer un niveau élevé de torsion temporaire ; cet état tordu est « figé » au-dessus de la transition vitreuse dans le premier four, fixé sur la plaque de refroidissement, et lorsque la torsion se défait, chaque filament conserve dans l’espace une forme permanente de ressort hélicoïdal — c’est cela, la frisure. La texturation par jet d’air (ATY) obtient un résultat analogue sans chaleur, de façon purement mécanique, en formant des boucles sur les filaments avec de l’air turbulent sous forte suralimentation ; c’est pourquoi l’ATY est le seul procédé capable de texturer aussi des fibres non thermoplastiques comme le verre, le carbone ou le métal.
Formation de la frisure : disque, D/Y, chaleur et étirage
Plusieurs réglages déterminent ensemble la qualité de la frisure. L’empilement de disques de friction (dispositions typiques 1-5-1, ou 1-3-1 avec moins de disques ; sur les machines modernes à grande vitesse, ~9 mm d’épaisseur et ~0,5 mm d’écartement) et la matière des disques sont critiques : les disques en polyuréthane sont souples et saisissent le fil plus fermement, ce qui donne plus de frisure et de volume ; les disques en céramique sont plus durs, résistants à l’usure et à plus faible frottement. Le rapport clé est le D/Y — la vitesse périphérique du disque divisée par la vitesse de défilement du fil ; on travaille typiquement dans la plage ~1,6–2,1 (couramment ~1,7–2,0). Quand le D/Y augmente, la torsion temporaire s’élève, mais la stabilité de la frisure peut baisser : les filaments cassés diminuent tandis que les défauts de « point serré » (tight spot) peuvent augmenter.
La température du premier four et le taux d’étirage (draw ratio) forment le second couple critique. Pour le polyester, le premier four travaille typiquement dans la plage ~200–220 °C ; température et taux d’étirage influent directement sur la contraction de frisure, la ténacité et l’aptitude à la teinture. Quand le taux d’étirage augmente, la ténacité croît et la contraction de frisure diminue — le fil devient donc plus droit et plus résistant, mais moins volumineux. Le choix des paramètres est ainsi toujours un compromis : volume élevé, ou ténacité et régularité élevées ?
Set et non-set : le deuxième four
La distinction entre set et non-set (fil fixé / non fixé) se fait avec le deuxième four. Un fil à un seul four (non-set) reste vif : le couple résiduel le rend enclin à vriller et à boucler sur lui-même. Le deuxième four — dans le procédé set conventionnel, typiquement à une température inférieure à celle du premier (température du fil en sortie d’environ 130–180 °C) et avec une suralimentation contrôlée — dissipe le couple résiduel et verrouille les frisures dans la structure ; il en résulte un fil « set » plus calme et plus équilibré. Cette différence est décisive en ourdissage et en tricotage chaîne — la vivacité de torsion due au couple résiduel pose problème sur l’ourdissoir, et le fil set l’élimine. La fixation restitue aussi une partie du volume de frisure : la température et la suralimentation du deuxième four règlent donc le volume final.
Entrelacement à l’air (interlace)
L’entrelacement à l’air (intermingling / interlace) se fait avec une buse d’air distincte, pour maintenir ensemble les filaments texturés à intervalles réguliers par des points de fermeture semblables à des nœuds — il apporte de la cohésion, pas de la torsion. La densité d’entrelacement se mesure en nœuds par mètre et se règle par la pression d’air de la buse. Pression et cohésion augmentent ensemble jusqu’à un certain point ; au-delà, des nœuds parasites et des défauts d’aspect apparaissent. Un entrelacement suffisant évite l’ouverture des filaments et la formation de duvet lors du tissage ou du tricotage et de la teinture qui suivent.
| Caractéristique | Fausse torsion DTY | Jet d'air ATY |
|---|---|---|
| Mécanisme | Thermomécanique (torsion + thermofixage) | Purement mécanique (boucles par air turbulent) |
| Structure de la frisure | Frisure en ressort hélicoïdal (orientation moléculaire) | Boucles de surface (verrouillage par friction filament-filament) |
| Paramètres principaux | Rapport D/Y, °C du four, taux d'étirage | Pression d'air de la buse, suralimentation %, eau |
| Thermoplasticité requise | Nécessaire (par ex. PET, PA) | Non requise — verre/carbone/métal également traitables |
| Caractère typique | Allongement et retour élastique élevés, volume | Toucher mat de type fibre discontinue, faible allongement |
| Effet sur la cristallinité | Hausse marquée (surtout pour les filaments grossiers) | Légère hausse |
Mesurer la frisure : CC, CM, CS
Côté mesure, la frisure se quantifie par la méthode normalisée à l’écheveau (skein/hank). La famille DIN 53840 (-1 pour ≤ 500 dtex, -2 pour > 500 dtex) et la norme internationale ISO 5688, qui en partage largement les définitions, préparent un écheveau spécifié, le traitent à la chaleur sèche (par ex. ~120 °C, ~10 min) pour laisser se développer la frisure libre, puis le conditionnent en atmosphère normalisée et en mesurent la longueur sous différentes charges. Trois paramètres sont rapportés : la contraction de frisure (CC, potentiel de volume), le module de frisure (CM) et la stabilité de frisure (CS, c’est-à-dire la permanence de la frisure sous charge). Ces grandeurs se calculent en rapportant les longueurs d’écheveau sous faible prétension et sous charge élevée ; pour l’essai automatique, on utilise des appareils comme le Texturmat ME+, et pour le testeur dynamique la norme ASTM D6774.
Conséquence pratique : le toucher, le volume et l’élasticité d’un fil DTY ne sont pas définis par la seule étiquette « texturé », mais par un vecteur de paramètres — rapport D/Y, températures des fours, taux d’étirage, état set/non-set et densité d’entrelacement pris ensemble. Lors de l’approvisionnement, interroger le fournisseur sur ces axes (set ou non, plage cible de CC %, nœuds/m) donne un comportement d’étoffe bien plus prévisible que la description superficielle « DTY 150/48 ».